La Grèce grisée

Le 25 janvier 2015, le parti de gauche dite “radicale” gagnait les élections en Grèce. Alexis Tsipras, figure aussi emblématique que charismatique de ce parti anti-austérité allait devenir le 12ème premier ministre grec élu démocratiquement. Et cela après des années de crise, de récession et de pauvreté dans un pays en faillite – économique et sociale.

De nombreux voisins européens, eux,  s’indignent de cette victoire et appréhendent une Grèce avec un gouvernement “coup de gueule”, qui affirme sa volonté à en finir avec des conditions de vies inhumaines imposées à de nombreux Grecs.

La majorité de la population grecque, elle, est grisée. Elle espère un véritable changement  en se débarrassant d’une vieille élite politique. Elle espère un gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple.

Mais pourquoi ce parti de gauche radicale dérange-t-il autant à l’étranger? Les objectifs de ce parti sont-ils si “extrêmes” que ça?

Bien entendu, la victoire de Tsipras a fait des vagues, à Bruxelles et à Berlin. Non seulement le parti est „populiste“ et „radical“, mais en plus le parti promet des politiques impossibles à mettre en place dans un pays en crise permanente.

Après tout, même le ministre des finances, Yanis Varoufakis, explique sur son blog que les promesses électorales de Syriza sont peu réalistes. Syriza étant une coalition de petits partis gauchistes, la création d’un programme électoral est en effet difficile.

Mais le succès d’un gouvernement ne dépend que très peu du programme électoral – quel parti, de gauche ou de droite en Europe, a-t-il tenu ses promesses de campagnes? 

Et malgré un grand idéalisme, Syriza affiche une approche bien plus pragmatique du programme de sauvetage de la Grèce que de nombreux fonctionnaires européens et d’économistes de la BCE ou du FMI. Ils ont tout simplement compris que le sauvetage de la Grèce par des programmes de renflouement ne fonctionne pas. Ce ne sont pas les “bails out” qui sauveront la dette grecque. Au contraire, le “sauvetage” n’en est pas un: non seulement il rend indigne la vie de nombreux Grecs, mais en plus il mine les relations intra-européennes, comme l’explique Alexis Tspiras dans une lettre ouverte aux citoyens allemands.

Finalement, c’est bien triste de savoir qu’une petite dose d’idéalisme choque autant nos hommes politiques.

Car rien aux nouvelles idées de Syriza ne devrait “choquer”. Au contraire, ce sont les coupes budgétaires et les privatisations auxquelles la Grèce a été soumise qui sont choquantes.

Tout le monde se rappelle de l’ampleur et la brutalité des plans d’austérité lors de la brusque fermeture de la télévision publique ERT le 11 juin 2014 pour “répondre aux exigences de diminution des effectifs de la fonction publique” imposées par les créanciers du pays en échange des plans d’aides.

Et encore, cette mesure était probablement la moins drastique – rappelons aussi la réduction du salaire minimum de 22 %, la suppression de 15000 emplois publics, des coupes des retraites et des salaires des fonctionnaires, la réduction du budget de la sécurité sociale et de l’armée, ainsi que la privatisation de quatre entreprises d’Etat et de nombreuses autres. (D’ailleurs, les privatisations n’ont pas apporté les sommes prévues par le FMI. Bizarre.)

Finalement, les réactions sont surtout la preuve que les nouvelles idées hors des sentiers battus choquent énormément. Syriza est une menace pour „l’establishment“ politique européen, c’est-à-dire les défenseurs du libéralisme économique et de la technocratie. (On les reconnait grâce aux litanies répétitives à propos de la compétitivité, du marché, de la croissance.)

La réaction commune des voisins européens, surtout en Allemagne, montre bien l’état de notre pensée politique: La gauche social-démocrate est devenue aussi ultralibérale que les partis de droite. 

(Les réformes du marché du travail “Hartz IV” de Gerhard Schröder en 2004 sont la plus belle preuve.) L’appréhension d’une “gauche radicale” au pouvoir en Grèce est surtout la preuve que les partis de gauche ont totalement échoué à se réinventer. Cela nous pousse aujourd’hui à appeler “radicales” des politiques qui pourtant paraissent sociales, pragmatiques et humaines.

Pour ma part, j’accueille ce changement de pouvoir en Grèce.

Non seulement les autres pays européens doivent accepter ce vote légitime. Mais ils vont enfin devoir sortir de leurs petites habitudes. La Grèce se réveille. Un souffle d’air frais dans une vieille démocratie européenne ne fait pas de mal – au contraire, c’est exactement ce dont l’Europe a besoin. Que cela ne plaise ni à Bruxelles, ni à Berlin, ce n’est pas plus mal.

Photo: Flickr/Thierry Ehrmann

French-German twentysomething living in Berlin. Winner of the blogging competition "Zukunft Europa", organised by the debating magazine "The European" and the Konrad-Adenauer-Stiftung. The views expressed are mine and mine only /// Deutsch-Französin und Berlinerin. Gewinnerin des Blogger-Wettbewerbs "Zukunft Europa" des Debattenmagazins "The European" und der Konrad-Adenauer-Stiftung. Die Ansichten, die auf diesem Blog vertreten sind, sind meine (und keine Anderen.)

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